Le "tremblement d'âge" aura des répercussions dans tous les domaines            

         

                           

            

                    

Paul Wallace a été l'un des premiers à présenter au grand public les répercussions que l'on peut attendre du vieillissement de la population dans les domaines les plus variés. Hypothèses.

Finances et économie

La génération des baby-boomers (nés dans les vingt ans qui ont suivi la fin de

la Seconde Guerre

mondiale) ont poussé les marchés financiers à la hausse ces dernières décennies. Ils ont en effet beaucoup épargné, notamment à travers les caisses de pension américaines et britanniques. A partir du moment où ils vont prendre leur retraite, ils liquideront leur épargne. Les générations suivantes seront trop peu nombreuses pour compenser cette tendance. Il risque d'y avoir donc beaucoup plus de vendeurs que d'acheteurs sur les marchés financiers et ceux-ci pourraient baisser durablement.

Les marchés émergents risquent de prendre une importance croissante dans l'économie de demain, en raison de leur structure démographique favorable. L'Inde, l'Indonésie, le Mexique ou

la Turquie

devraient voir leur poids s'alourdir considérablement dans l'économie mondiale.

L'existence d'une population de retraités toujours plus nombreuse par rapport à la population active créera des déséquilibres difficiles à combler. Les coûts qui en résulteront pourraient freiner sensiblement la croissance économique.

L'innovation est généralement le fait des jeunes générations. Les économies vieillissantes pourraient se révéler moins innovantes, alors même qu'il s'agit d'un élément central de la croissance. Les effets de l'évolution démographique sur la productivité sont discutés. Certains chercheurs pensent que le vieillissement de la main-d'œuvre entravera la productivité, les travailleurs âgés étant moins productifs. D'autres estiment qu'il la stimulera: il faudra trouver le moyen de faire mieux avec moins de bras.

Immobilier
La demande va profondément changer sur le marché immobilier. Les maisons familiales vont être de moins en moins demandées, car les jeunes ménages seront moins nombreux. Les objets immobiliers préférés par les personnes âgées - relativement petits et à proximité des services - devraient connaître un regain de demande.

Branches économiques

Certains secteurs pourraient souffrir beaucoup plus que d'autres de l'évolution démographique. C'est notamment ceux qui reposent sur une clientèle jeune. C'est par exemple le cas des chaînes de fast-food, de marques de vêtements jeunes, de la grande distribution. D'autres secteurs devraient en revanche être avantagés, comme la pharmacie, les cosmétiques, les services financiers ou les loisirs non étiquetés "jeunes". Mais, plus globalement, la consommation ne devrait pas connaître de rebond, puisque la génération du baby-boom est actuellement au sommet de son pouvoir d'achat. On devrait observer un déplacement toujours plus marqué de la valeur des biens vers les services, dont sont plus friands les personnes âgées.

Culture

La génération du baby-boom a du mal à accepter son vieillissement. Les limites entre culture "jeune" et "culture de vieux" devraient se brouiller. Les baby-boomers continuent à écouter du rock. Les sociétés vieillissantes devront d'autre part recourir massivement à l'immigration et les cultures seront de plus en plus diversifiées.

Certains auteurs prévoient l'apparition d'un conflit de générations: les actifs devraient se révolter contre la nécessité de soutenir financièrement des retraités, dont une partie est encore parfaitement en état de travailler. Paul Wallace est plus prudent: il estime que les liens, notamment familiaux, unissant les générations atténueront ce conflit et que les baby-boomers consentiront à des sacrifices dans l'intérêt des générations suivantes.

Travail

On peut penser que le vieillissement de la population atténuera la réticence de beaucoup d'employeurs envers les collaborateurs âgés. Paul Wallace est plus pessimiste: il pense que les grandes sociétés se battront toujours plus pour engager des jeunes et qu'elles pousseront les travailleurs âgés à se mettre à leur compte, pour pouvoir recourir à leurs services au coup par coup. Les PME, en revanche, devraient rester plus accueillantes envers les travailleurs âgés. La "chasse aux jeunes" pourrait même inciter des multinationales à délocaliser des activités dans des pays à la structure démographique plus favorable.

Retraites

Les systèmes de retraite de nombreux pays promettent des prestations aux futurs retraités qui ne pourront pas être tenues, à moins d'augmenter de manière exagérée les contributions des personnes actives, ce qui handicaperait fortement l'économie. Les prestations devront donc être réduites. Au Royaume-Uni, où les réformes nécessaires ont déjà été faites, on craint en revanche une paupérisation des personnes dépourvues de retraite privée. Les mesures prises jusqu'ici par les gouvernements européens n'ont fait qu'effleurer le problème. Or, elles pourraient être d'autant plus difficiles à mettre en œuvre qu'avec l'évolution démographique le pouvoir politique des retraités sera toujours plus grand, à mesure que leur proportion croîtra dans la population. Ils pourraient bloquer toute réforme touchant aux prestations.

Politiques familiales
Les politiques visant à inciter à faire davantage d'enfants coûtent cher et n'ont qu'une efficacité très réduite. "Quel que soit le niveau de soutien financier apporté par le gouvernement, il se limite à une fraction des coûts supportés par les particuliers pour élever des enfants. Or, ce sont les membres de ces générations qui devraient aussi supporter un plus lourd fardeau au fur et à mesure que les baby-boomers prennent leur retraite. Le danger, c'est que nous ayons créé malgré tout un cercle vicieux démographique, dans lequel un fardeau croissant sans cesse sur les générations successives cause un déclin progressif dans les taux de natalité, qui à son tour accentue ce fardeau".

Chacune des hypothèses de Paul Wallace mérite évidemment débat. Lui-même le souhaite et souligne que le futur n'est pas gravé dans le marbre: la manière dont nos sociétés empoignent le problème de l'évolution démographique influera sur les répercussions qu'elle aura sur nos sociétés.

"Le vieillissement de la population n'est un problème que dans la mesure où nous le permettons. Si nous nous en occupons de manière constructive, il ne doit pas nous préparer de grosses migraines. Nous pouvons définir de manière différente les limites artificielles, qui seules en font un problème. C'est par exemple le cas du préjugé absurde qui veut que l'on cesse de travailler à 65 ans ou plus tôt, alors que nous vivrons vraisemblablement vingt ans de plus et que, pendant la plus grande partie de ce temps, nous sommes en bonne santé, aptes au travail et pouvons jouer un rôle constructif dans la société.

(1) Paul Wallace, Agequake, Riding the Demographic Rollercoaster Shaking Business, Finance and our world, Nicholas Breadley Publishing, 1999, 266 pages.

Source : Entreprise Romande http://www.fer-ge.ch - Auteur : Pierre Cormon