L'immobilier serait au bord du gouffre, mais l'insouciance domine.

Par Marie Phoenix le 27 janvier 2006

 

4salepdg_100_1 Un article a dressé cette semaine un portrait assez saisissant de l'immobilier outre-manche, portrait aisément transposable à d'autres pays qui connaissent une baisse continue et soutenue de leur pierre. Il émane de Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora à Londres, et s'intitule "L'immobilier sur le fil". "L'Angleterre a une longueur d'avance sur les Etats-Unis. Les prix de l'immobilier ont grimpé les premiers, plus rapidement et plus haut. A présent, le boom semble avoir pris fin", explique son auteur.

L'hebdomadaire britannique MoneyWeek avait donné le même titre à son article de la semaine passée. Mais la description du marché immobilier anglais est bien plus incisive, et son auteur, James Ferguson, va même jusqu'à dire que "les maisons sont sur le point de sombrer dans un précipice". Les coûts de remboursement des dettes ont atteint leur limite, près de 22% du revenu après impôt. La dernière fois que ce niveau a été atteint, en 1990, cela a marqué le début d'un krach du secteur immobilier."

Il règne un calme suspect à Londres, l'air semble étrangement figé, comme avant l'arrivée d'une terrible tempête. Une bien étrange insouciance alors que de gros nuages sombres s'accumulent à l'horizon, et que tous signes d'un krach prochain sont perceptibles, en tout points semblables à ceux du krach précédent, celui de 1991. "Peu de gens semblent en être conscients. Au lieu de cela, il règne une sorte de calme, de complaisance et d'assurance à Londres. Pas d'effondrement. Le marché se contente de perdre de l'air, comme une lente fuite dans un pneu de bicyclette, ou une boîte à musique cassée qui ralentirait peu à peu."

Une image resurgit instantanément : celle de l'orchestre du Titanic, qui avait joué jusqu'au bout sa partition, représentation dérisoire mais sensée : il n'y avait pas mieux à faire, il n'y avait plus rien à tenter. Jouons une dernière fois ! Et Ferguson n'hésite pas à ajouter : "on dirait le début de la Seconde guerre mondiale". La drôle de guerre, les huit premiers mois de ce conflit, qui avait mis du temps à faire retentir bombes et sirènes, avait fait souffler un vent d'incrédulité et de fol espoir que le pire était derrière soi. Mais "ce n'est pas parce que le marché défie les attentes depuis si longtemps, que cela signifie forcément que le danger est désormais passé", rappelle The Financial Times.

L'économie britannique vient d'enregistrer sa plus mauvaise performance depuis 14 ans. Et le pays s'interroge : Is Britain now the sick man in Europe ? “It’s official, Great Britain is no longer a low-tax economy. Instead, the British are about to find themselves paying more tax than the Germans." Les Allemands seraient désormais moins taxés que les sujets de sa très gracieuse majesté, et ce qui a longtemps constitué la fierté du pays, n'est plus qu'un souvenir.

La conclusion de l'article donne un éclairage sur les économies britanniques et américaines. "Les Américains, comme les Britanniques, semblent avoir atteint une limite. Cela ne se voit pas forcément dans les statistiques ; si la moitié du pays s'enrichit tandis que l'autre moitié s'appauvrit, la moyenne reste stable. Tout de même, il y aura forcément des problèmes un jour ou l'autre. De plus en plus de gens ont du mal à suivre le rythme. Pour l'instant, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne profitent d'une prospérité bidon - une paix financière payée par la dette ; mais le danger n'a pas disparu ; il augmente chaque jour."