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Creusé par l'envolée des prix du pétrole et l'appétit inassouvi des Américains pour les produits étrangers, le déficit commercial des Etats-Unis a atteint en 2005 un niveau record à 726 milliards de dollars (610 milliards d'euros). Ce chiffre publié vendredi 10 février par le département du commerce est non seulement sans précédent en valeur absolue mais également en proportion de l'économie. Il représente près de 6 % du produit intérieur brut (PIB).


Pour la plupart des experts, ceux des organismes internationaux, des banques privées comme de la Réserve fédérale (Fed), une telle situation ne peut pas se prolonger indéfiniment.


Non seulement l'économie américaine est de plus en plus dépendante des produits mais aussi des capitaux étrangers pour financer, faute d'épargne intérieure suffisante, ses importations massives. Elle s'endette et se trouve à la merci du bon vouloir des prêteurs internationaux et notamment asiatiques qui recyclent leurs excédents en achetant des dollars.


Le déficit avec la Chine est le plus important que les Etats-Unis aient jamais eu avec un seul pays. Il a atteint 201,6 milliards de dollars en 2005, en hausse de 24,5 % par rapport à 2004.


Nul doute qu'il va alimenter la tentation protectionniste contre les produits chinois. Mais pour remédier réellement au déséquilibre du commerce extérieur, il faudrait que les ménages américains dépensent moins et épargnent plus. Ce n'est apparemment pas pour demain. Les analystes prévoient que le déficit commercial continuera à gonfler en 2006 pour dépasser les 800 milliards de dollars, reflétant le dynamisme toujours supérieur de l'économie américaine par rapport à celles de l'Europe et du Japon.

Elle a démontré une capacité insoupçonnée à encaisser et surmonter les chocs. Elle a digéré l'éclatement de la plus grande bulle boursière de l'histoire en 2000, les attaques de septembre 2001, une succession de faillites et de scandales à Wall Street, deux guerres et pour finir un triplement du prix du pétrole.

En dépit de cela, la croissance est robuste et le chômage faible. Cette santé est construite sur des déséquilibres structurels dangereux, le déficit extérieur mais aussi une grande faiblesse de l'épargne et une bulle immobilière. Ce sont peut-être des bombes à retardement, mais elles ne semblent pas sur le point d'exploser dans un avenir proche.

Ainsi, la croissance de 4,2 % en 2004 et 3,5 % en 2005 devrait, selon les prévisions, rester autour de 3,4 % en 2006 malgré un trou d'air au dernier trimestre de l'année 2005. L'expansion est alors revenue à son plus bas niveau depuis trois ans à 1,1 % en rythme annuel. Mais pour la plupart des spécialistes, ce ralentissement ne devrait être que passager. Pour preuve, le taux de chômage est tombé à 4,7 % en janvier, son plus bas niveau depuis juillet 2001. Les Etats-Unis se trouvent dans une situation de plein emploi. Un peu plus de 193 000 postes ont été créés en janvier et plus de 2 millions au cours des douze derniers mois.

"L'amélioration continue du marché du travail contribue logiquement à renforcer le moral des ménages", explique Lynn Reaser, économiste de Bank of America. "Les salariés ont de grandes chances de bénéficier de hausses de salaires cette année et, si les prix de l'essence se stabilisent, l'évolution des revenus devrait être supérieure à l'inflation."

Le moral des consommateurs était au début du mois de février à son plus haut niveau depuis octobre 2004, selon un sondage de l'institut Ipsos. La consommation a augmenté de 0,9 % en décembre 2005. Comme, dans le même temps, les revenus ont progressé de seulement 0,4 %, le taux d'épargne était négatif de 0,7 %. Sur l'ensemble de l'année 2005, le taux d'épargne en pourcentage des revenus des Américains s'établit à — 0,5 % contre 1,8 % en 2004.

C'est la première fois depuis 1933 et la grande dépression que ce taux est négatif sur l'ensemble d'une année. "C'est un signe inquiétant pour la consommation future", prévient Joel Naroff, du cabinet d'études du même nom.

Mais pour de nombreux économistes, la clé de la conjoncture américaine se trouve surtout sur le marché de l'immobilier. Sa santé conditionnera la capacité des ménages à continuer à consommer. Alan Greenspan, ancien président de la Fed, s'inquiétait à la fin de 2005 de la dépendance grandissante des Américains envers les crédits obtenus en mettant leur logement en garantie. Si la bulle éclate sous la pression notamment de la remontée des taux d'intérêt, elle pourrait avoir des conséquences graves sur leur santé financière avec un endettement qui atteint en moyenne le niveau record de 124 % des revenus annuels.

L'économie des Etats-Unis a surmonté les chocs des cinq dernières années car les consommateurs ont été capables de continuer à dépenser.

Ils ont pu le faire en bénéficiant de baisses d'impôts et des taux d'intérêt, de l'effet richesse lié à l'augmentation continue de la valeur de leurs logements, dont ils sont propriétaires à 70 %, et en réduisant leur taux d'épargne. Mais cela fait près de deux ans que les baisses d'impôts ont cessé et les taux d'intérêt sont repartis à la hausse, et le marché de l'immobilier commence à donner des signes de faiblesse.

Si l'atterrissage se fait en douceur, comme le prévoient aujourd'hui les spécialistes, la croissance ne devrait pas trop en souffrir. Si la baisse est brutale, la consommation aux Etats-Unis risque de ne plus être le moteur de l'économie américaine et mondiale.

Ce serait une mauvaise nouvelle pour tout le monde...