Crise systémique globale - Décembre 2006: Dollar-Immobilier-Bourses


Written by LEAP/E2020  
Thursday, 16 November 2006

ImageDécembre 2006 - Dollar-Immobilier-Bourse:
L’insolvabilité du consommateur américain, catalyseur de la phase d’impact de la crise systémique globale
Extraits du GlobalEurope Anticipation Bulletin N°9

L’élection américaine de mid-term est donc passée et, déjà en seulement une semaine, comme annoncé par LEAP/E2020 dans le GEAB N°8 du 15 Octobre dernier, l’ « euphorisation » des électeurs/consommateurs américains et des acteurs financiers mondiaux appartient désormais au passé. Le processus de développement de la crise systémique globale reprend son cours, interrompu artificiellement en Juillet dernier pour cause d’élections américaines à venir, comme les récentes évolutions du Dollar ou des résultats de l’économie américaine le démontrent. Parallèlement, on voit reparaître une série de thèmes qui avaient étrangement disparu des pages des médias financiers ces derniers mois, comme la fin du « carry-trade » fondé sur le Yen[1], les craintes croissantes sur le risque d’implosion du marché des dérivatifs et des « hedge funds »[2] et bien entendu la chute ininterrompue de l’immobilier américain[3] avec son cortège de conséquences négatives sur la croissance américaine[4] (l’ensemble de ces évolutions générant désormais des interrogations croissantes quant à la santé d’un secteur bancaire américain dépendant de plus en plus de créances douteuses[5]). Pour l’équipe de LEAP/E2020, toutes ces tendances qui marquent le début de la phase d’impact de la crise systémique globale ont un catalyseur commun, à savoir l’insolvabilité du consommateur américain sur fond de dégradation généralisée de la qualité du crédit à l’ensemble des opérateurs économiques et financiers américains[6].

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Figure 1 - Endettement ménages US




Depuis plus de cinq années le consommateur américain est la « vache à lait » de la croissance US, contribuant pour plus de 70% à la progression des résultats de l’économie des Etats-Unis. Stimulé par une politique d’argent facile voulue par la Réserve Fédérale américaine afin d’éviter une récession catastrophique après l’explosion de la « bulle Internet », le consommateur US s’est lancé à « compte perdu » dans une frénésie d’achats de biens de consommation. Incité par les banques et l’ensemble du système financier américain il a dépassé ses propres capacités de financement et a plongé à partir de 2004 dans l’endettement généralisé[7] aboutissant à une situation inconnue aux Etats-Unis depuis le creux de la Grande Dépression d’après 1929, à savoir un taux d’épargne négatif[8].


La Réserve fédérale, l’administration Bush et le Congrès républicain ainsi que l’intégralité des secteurs financiers et bancaires du pays ont alors alimenté la fiction d’un enrichissement continu et rapide via le développement de la « bulle immobilière » qui a convaincu la majorité de la classe moyenne du pays, y compris ses composantes les moins aisées, de se lancer là aussi à « compte perdu » dans une stratégie d’achat, et souvent de spéculation, dans l’immobilier. Parallèlement, la progression très forte des prix immobiliers a permis au secteur financier d’accroître les prêts à la consommation des ménages, adossés à la « valeur » des biens immobiliers[9]. Du fait de ces opérations portant sur plus de 2.500 milliards de Dollars depuis 2004, ces mêmes prêteurs et autres banques ont dans le même temps accru considérablement leurs bilans, forçant l’admiration des bourses par leurs résultats extraordinaires, alors que ces mêmes bilans se voyaient potentiellement dépendre de plus en plus de l’évolution à venir du marché de l’immobilier.


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    Figure 2 - Effondrement récent des crédits à la consommation adossés à l'immobilier (source Safehaven)




    En effet, le risque évident de cette stratégie du secteur bancaire tenait à l’éventualité d’un renversement de tendance dans l’immobilier. En cas de baisse forte et durable des prix et des volumes du marché de l’immobilier simultanément sur l’ensemble du territoire américain, le « cercle magique » de l’enrichissement individuel et de la croissance collective deviendrait une « spirale infernale » de l’endettement personnel et de la récession généralisée. En effet, les ménages endettés deviendraient brutalement insolvables du fait de l’effondrement du prix de leurs biens immobiliers garants de leurs emprunts, tandis que l’ensemble du secteur bancaire se retrouverait pris dans une double tenaille avec d’un côté une part croissante des prêts non remboursés pour cause de faillite personnelle, et de l’autre un bilan qui se dégrade rapidement du fait de la dépréciation de la valeur des actifs en garantie (à savoir les biens immobiliers)[10].

    Pour l’équipe LEAP/E2020, il est désormais temps d’enlever le conditionnel à ce scénario. Il est actuellement en train de se dérouler à travers tous les Etats-Unis et constitue le catalyseur de la phase d’impact de la crise systémique globale. Le consommateur américain, c’est-à-dire la classe moyenne américaine, est fondamentalement devenue insolvable[11], victime de son endettement faramineux, de son taux d’épargne négatif, de l’éclatement de la bulle immobilière, de la hausse des taux d’intérêt et de l’effondrement de la croissance américaine. Tous ces éléments sont liés et se renforcent mutuellement pour plonger les Etats-Unis à partir de cette fin 2006 dans une crise économique, sociale et politique sans précédent[3].

    Très concrètement, ce numéro de novembre de GEAB lance deux « Alertes LEAP/E2020 »:
  • • l’une sur les secteurs bancaire et financier qui, par le biais des « hedge funds », vont se trouver au cœur de la phase d’impact de la crise systémique globale ;

    • et l’autre, qui reprend et amplifie l’alerte publiée dans le GEAB N°4 sur l’immobilier européen, avec en guise d’illustration l’analyse des tendances des marchés de l’immobilier britannique et français.

(Extrait du GlobalEurope Anticipation Bulletin N°9 publié par le think-tank LEAP/E2020 le 15 novembre 2006. Newropeans Magazine remercie le think-tank LEAP/E2020 de l'avoir autoirisé à publier cet extrait.)

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LEAP/E2020 (15/11/2006)
(Laboratoire Européen d’Anticipation Politique)


ImageGlobal systemic crisis - December 2006 - Dollar-Real Estate-Stock Markets >> NM 17/11/06


>> Le GlobalEurope Anticipation Bulletin est la Lettre Confidentielle mensuelle du think-tank européen LEAP/Europe 2020 (disponible sur abonnement)

[1] Source ”Dollar drops vs yen after Japanese central banker's comment on yen carry trade”, International Herald Tribune, 10/11/2006
[2] Sources « ‘Panic selling’ hits derivatives markets », Financial Times, 05/11/2006; “Investors regroup as swaps panic hits”, The Australian/FT Business, 07/11/2006

[3] Source : « National foreclosures increase 17% in the third quarter », RealtyTrac, 01/11/2006

[4] Source “Negative numbers keep popping up in the data”, MarketWatch/DowJones, 12/11/2006

[5] Source “Foreclosure : the buck stops where?”, Twincities.com, 22/10/2006

[6] Source “US credit quality in 25-year retreat toward junk-S&P”, Reuters, 02/11/2006

[7] Source “The valley of the shadow of debt”, From the wilderness, 11/08/2006

[8] Source « US savings rate hits lowest level since 1933 », MSNBC, 30/01/2006

[9] Les consommateurs américains ont ainsi obtenu des secteurs bancaire et financier des prêts à la consommation adossés à leurs biens immobiliers pour un montant de 633 milliards de dollars en 2004 et de 719 milliards en 2005. Source « End of the bubble bailouts », Forbes, 29/08/2006

[10] Ce type d’évolution a d’ailleurs connu plusieurs exemples dans l’Histoire. cf. « Restructuring the US economy – downward », Kurt Richebächer, FS0, 27/10/2006[2] Le consommateur devient ainsi le « maillon faible » de la chaîne économique et financière américaine après en avoir été le moteur durant cinq ans. Source CFO/TheEconomist, 10/11/2006

[11] On peut consulter à ce sujet la série très intéressante développée par CNN intitulée « Broken Government ».